MARCEL BETRISEY CREATIONS  Sion Switzerland Phone:  ++41 793801679 Email: see "Contact"




 

"C'est en se plantant que l'on devient cultivé"

Enfant, les maîtres spirituels de Marcel furent une décharge où il allait prendre des pièces détachées, et un cyclomoteur qui finit évidemment séquestré par la police. Il y eut des flammes, il y eut des explosions, il y eut même des choses qui ont fonctionné. Mais il y avait l'école...
"Manuellement vous êtes nul: vous devriez faire des études en littérature" Cette phrase, assénée à quinze ans par son orienteur professionnel, l'a dérouté pour toujours. Cette même année-là, il se faisait expulser de l'école avec une moyenne catastrophique et démarrait somme toute assez mal dans la vie professionelle. Comme on lui avait fermé toute école et certifié tests à l'appui qu'il ne saurait rien faire de ses mains, il se retrouva bientôt apprenti électricien. C'était déjà un créateur... probablement par manque d'inspiration car les seules choses crées à cette époque furent des soucis pour ses parents, son patron et les forces de l'ordre.


"Vivre ses rêves? Plutôt mourir!"

Vivre ses rêves peut être une qualité chez certains. C'était le plus gros défaut de Marcel, et il paya très cher pour l'apprendre. Au bas mot 15 années à slalomer entre le travail de ses mains (un peu) et des rêves (beaucoup beaucoup). Un exemple parmi d'autres? Il quittait la Suisse en 1986 avec un tout vieux sac de 4 litres de contenance nommé "Athanase". Ce qui donna en chiffres 67 pays traversés dans 4 continents, 3 passeports remplis, 40000 kilomètres en autostop, plus de 1200 kilomètres à pieds, 3000 kilomètres à vélo et plus de 300 nuits passées à dormir dehors sans tente. Plus prosaïquement, nous devrions aussi noter au passage une cinquantaine de dysenteries, des amibes et un palu du tonnerre. Quand décida de rentrer en Suisse après 3 ans, il avait l'esprit enfin lavé de cette espérance qui lui avait toujours fait croire qu'ailleurs devait être mieux. Vivre ses rêves pour se retrouver confiné dans un monde à son image? Une erreur qu'il ne ferait jamais plus: ces 15 ans d'errances furent sa première vraie école. Il y avait engrangé là de quoi écrire trois livres, et en profita donc pour se taire.

Il revint en 1990 pour travailler deux ans dans une entreprise de télécommunications, puis ouvrit finalement son propre atelier dans une arcade de la vieille ville de Sion.

"Riche de ce que j'ignore, et pauvre de ce que je sais."

Il y réparait toutes sortes de machines, et ce fut là sa deuxième école. Réparer est fascinant car il faut d'abord se mettre à la place de celui qui a fabriqué l'objet, puis comprendre la machine pour enfin chercher la panne. Mais les objets sont faits pour mourir et Marcel à un gros problème avec le temps: il n'aime que ce qui dure. "J'avais vu mon grand-père planter des arbres dont il savait qu'il ne verrait pas les fruits: ça m'avait frappé quand j'étais enfant, et je pense encore qu'il était dans le vrai." Il commença peu à peu à détourner des objets pour le plaisir et surtout pour se venger d'une époque où l'on jette tout. On peut donc dire sans se tromper que Marcel est finalement devenu le fruit de son travail. L'autre raison des objets détournés était le manque d'outillage: comme il ne pouvait pas toujours usiner, il puisait dans son stock de vieilles machines. Ce fut la période dite "des lecteurs CD", qui dura 10 ans et d'où il en ressortit ému à vie par la simplicité des mécaniques japonaises.

L'atelier changeait peu à peu: il ne réparait presque plus. Il modifiait maintenant les machines pour les améliorer (seul intérêt à ses yeux), ou alors il en concevait. Dans la même période, il se fit happer par la fabrication d'horloges puisque chacune d'elle soulevait un nouveau problème qui ne pouvait être résolu qu'en créant une autre. Ce fut la période dites "des pendules", passage obligé qui dura lui aussi encore 10 ans.

"L'intelligence? la fille naturelle de la pauvreté, de la paresse et de la curiosité."

Depuis, Marcel ne fait plus grand-chose d'autre que créer.
Des inventions, qui sont innombrables. Des outils (miam!), des machines, des objets, bref de quoi remplir un musée. Et sa plus grande joie là-dedans? C'est quand il découvre que quelqu'un à l'autre bout de la planète à aussi eu un même problème et l'a résolu de la même façon: il y trouve la douce sensation de ne pas être seul. Sinon, ce qui le fait le plus rire, c'est quand il est copié. D'abord parce que c'est souvent mal fait, ensuite car certains ont réussi à copier des erreurs que lui seul voyait, et finalement quand il voit ses inventions brevetées par d'autres. Le must!

On peut discerner deux types de créations, celles où il usine chaque pièce de A à Z et celles composées d'objets détournés. Les plus faciles sont celles où il fait tout car il suffit simplement de concrétiser une idée. " Quand j´usine une pièce, je suis seul maître à bord. Elle aura donc les qualités que je lui donne, autrement dit très peu de mystère. Il m'arrive fréquemment de perdre trois jours à usiner une pièce et de voir une fois terminée qu'elle pouvait être être mieux si fabriquée différemment. Alors j'en fais une autre. Du coup, ce qu'on voit dans une horloge terminée est infime par rapport à tout ce qui fut refusé. J'aurais pu par exemple construire 5 horloges uniquement avec les pièces refusées de l'Anachrone."  La construction du coeur de "Skyport"demanda trois mois d'un travail qui ne fut même pas retenu: la simplicité était à ce prix. La première idée est toujours trop compliquée et c'est le temps qui vient ensuite effacer le superflu. Par contre, quand je détourne un objet, c'est lui qui dicte sa loi. Une pièce faite d'objets détournés demandera une grande qualité d'écoute et beaucoup plus de temps pour sa réalisation. La démarche est complètement différente. Mais dans tous les cas, une pièce n'est finie que quand on ne peut plus rien lui ôter. Là réside sa seule beauté."

"Ce sont les défauts qu'on aime chez les choses comme chez les gens. Pas les qualités."

Et puis on trouve "les Inutiles", ses préférés. Ce sont souvent des hymnes à la bêtise humaine, si admirable et salutaire à ses yeux. Beaucoup ne sont pas montrés car tout bonnement impubliables mais il subsiste quelques perles parmi ceux qui passent la rampe. Le charme de ces objets est simplement de nous remettre en face de notre condition humaine. Ils sont aussi intimement liés à nous que peut l'être une bonne vieille paire de godasses. "les Inutiles" sont les seules pièces qu'il considère comme précieuses.

"On n'est vieux que de ce tout que l'on a pas vécu."

Sa seule règle tacite est de ne pas marcher deux fois dans ses propres traces et jamais dans celles d'un autre: ni inspiration ni maître. Lui-même ne nomme pas ce qu'il fait. "Juste une idée, suivie du travail nécessaire pour essayer d'en être fidèle. Il suffit d'être borné et de la respecter. " Chaque pièce qui sort de son atelier est donc unique et certaines poussent le luxe à nous faire rire, ce qui constitue une victoire pour ces bouts de métal. Une chose est sûre: il ne sait pas où il va. Il a toujours trois ou quatres projets dans l'esprit et les suit tête baissée sans regarder ailleurs. C'est comme ça il y a 20 ans, il en sera sûrement toujours ainsi. Tous les objets qu'il touche doivent prendre une âme et devenir plus larges que leur fonction initiale, qui devient accessoire. L'essence est, comme toujours, ailleurs.

La Grompfitude...

La Grompfitude, c'est une journée de travail où chaque chose se fait sans réfléchir, où les outils accourent tous seuls dans mes mains, où les pièces se conçoivent et s'usinent à mon insu, où les solutions s'élèvent d'elles-même au milieu des problèmes, le tout dans un énorme silence pendant qu'autour de moi le temps défile comme un paysage. Puis arrive le soir, le moment où je pose les outils et profère enfin une première pensée cohérente: "Grompf!"

Ce "Grompf" qui est en même temps le but, le chemin et la récompense, ce "Grompf" qui fait que l'objet qui vient d'être fini perd instantanément toute valeur. La Grompfitude: une splendide église dont je dois être un rare disciple, comme une sorte de bonheur.

Génie?

Le génie peut arriver au travail avec des souliers différents, des chaussettes dépareillées ou avec la veste d'un autre, venir le lendemain à son rendez-vous, est incapaple ne serait-ce que d'additionner un ticket de bistrot, à déjà rempli deux fois le réservoir de sa moto avec du diesel et en passe parfois par-dessus le guidon parce qu'il a oublié le cadenas. Il a dû entrer 4 ans par la fenêtre de sa voiture (il ne fallait surtout pas réparer la porte), devait actionner l'essuie-glace à la main et n'a toujours pas été capable d'installer une lampe devant sa maison. Et quand il entre dans un tunnel avec ses lunettes de soleil sur le nez, il accusera d'abord la qualité des phares de sa voiture. Voilà pour le génie, alors allez cherchez n'importe quel autre terme.

Créer, c'est être. (et non l'inverse)

Cette obsession permanente du gratuit et de l'inutile, quand la honte le fait se cacher derrière des objets soi-disant utiles...

Tout le problème est là: il ne sait pas faire autre chose. C'est une maladie mal soignée quand il était petit et qui ne pouvait que dégénérer. La preuve est qu'il n'espère plus s'en sortir. Il a plus d'un millier d'inventions à son actif mais il ne lui passerait jamais à l'esprit d'en commercialiser une. Il se désintéresse d'ailleurs totalement de chaque chose créée une fois terminée: la revanche de l'être sur le néant lui suffit. Ainsi, il piratera sans aucun scrupule les pièces détachées d'anciennes créations pour en faire une nouvelle.

"La beauté du monde se trouve derrière les yeux, jamais devant."

Son site attire beaucoup de visiteurs. Un bon tiers de scientifiques, un autre d'horlogers et un dernier tiers d'artistes. Pour les horlogers, c'est un artiste, pour les artistes ce n'est qu'un artisan et pour les mécanos, c'est plus compliqué. Alors quoi? " Ne pas s'interroger et ne jamais y chercher de sens. Faire simplement parce qu'il le faut. Là contre, mots et modes n'y peuvent rien." Ce qui ne fait pas de mal à une époque où ce qu'on dit des choses est tellement plus important que les choses elles-mêmes.