MARCEL BETRISEY CREATIONS  Sion Switzerland Phone: ++41 273238808 Mobile ++41 793801679 Email: see "Contact"






 

Envoyez la musique Paule Potterat

Dans son minuscule atelier au coeur du Vieux-Sion, ça cliquette et ça clignote de tout bord. Marcel Bétrisy, ex-électricien dans une entreprise de técommunications, joue les apprentis sorciers.

Cela a commencé par un gigantesque réveil multifonctions -sonnerie, musique et café (d'accord, il ne le sert pas avec deux sucres, mais il enclenche la cafetière). Et même dans un second temps -pour dormeur inpénitent- il met en branle gong et cloche, remplit un verre d'eau menaçant tandis qu'un appareil photo immortalise le flagrant délit de grasse matinée! Une vraie machine infernale. Et un bon début pour cet émule de Tinguely, puisque l'objet séduira un industriel de la région et vaudra à son créateur un important mandat pour l'installation électrique d'une entreprise. Et lui permettra, dans la foulée, de se metre à son compte."Réparations en tout genre." Electricité et électronique: projecteurs, vidéos, lecteurs CD -mais pas de TV ni d'électroménager, question d'affinité.

Ca, c'est son activité "avouable". Car sitôt la boutique fermée, le réparateur sérieux se transforme en manipulateur diabolique.

Morbiers, machines à coudre ou à écrire, tourne-disques, vieilles mécaniques, appareils photographiques, enregistreurs, photocopieuses et même instruments de musique passent à la casserole. Son plasir: les détourner du droit chemin.

Au hit-parade de ses forfaits: une rutilante machine à coudre Helvetia qui a passé allegretto des smocks au rock version compact disc. Le CD se clippe là où défilait le tissu: un tour de manivelle pour enclencher, six tours pour avancer de six morceaux, idem pour reculer. La fonction stop est située sur la tête de l'aiguille et le display d'affichage des morceaux se lit en lieu et place de l'ancien numéro de série.Quand à la vieille machine à écrire Royal des années vingt, les fonctions play, pause, avant, arrière et stop se font, c'est l'évidence, par l'intermédiairedu clavier.

Une cliente, un jour, lui confie qu'elle a essayé d'écouter un CD sur son vieux tourne-disques, fort déçue de n'entendre que "des bruits bizarres". Estimant le principe élégant et le challenge intérressant, notre bricoleur inspiré se met au travail. Une base électronique Sony CDP 750 et, un mois et demi de travail plus tard, la musique à remplacé les grésillements. La diode laser reliée au bras de lecture se déplace sur un hypothétique sillon, le suivi de piste étant assuré par un petit moteur fixé sur le châssis.

Il y a encore le lecteur CD "motard", intégré entre les deux disques de freins d'une défunte Ducati: les touches sont dissimulées dans les trous de refroidissement et le display se lit entre les rivets. Son cousin "fanfare", fabriqué à partir d'un vieux baryton, que l'on pilote en appuyant sur les pistons et le vide-salive. Et le lecteur CD hublot de navire", un petit bijou déniché dans une brocante de La Spezia, qui s'enclenche automatiquement lorsqu'on referme l'écoutille et se met sur pause lorsqu'on l'entrouvre...

Last but not least, voici l'alcootest, actuellement en cours de construction. Là encore on croit reconnaître une carcasse de machine à coudre, mais là s'arrête la ressemblance. L'appareil devait être actionné par l'introduction d'une pièce de 5 francs dans une fente (pénitence destinée à apaiser le culpabilité de l'utilisateur?). Il faudra alors deux minutes au sensor détecteur d'alcool pour s'étalonner et mesurer l'air ambiant. Pendant ce temps, une bille de roulement exécutera un circuit, mettant en route divers mécanismes dilatoires destinés à distraire l'opérateur et à l'empêcher d'alourdir son capital-verres. Jusqu'au verdict, le taux d'alcoolémie s'affichant sur le display, accompagné de quelques manifestations d'humeur de la machine.Mais le morceau de bravoure de Marcel Bétrisey, ce sont les horloges à billes.

La première fonctionne depuis quatre ans. Un système "simple", assure-t-il, puisqu'elle ne lui a demandé qu'un mois et demi de travail. Le principe: des billes de roulement tombant dans des éprouvettes, au rythme d'une bille par seconde. La première éprouvette ne pouvant contenir que cinquante-neuf billes, la soixantième déclenche un mouvement qui l'éjecte vers l'éprouvette suivante(celle des minutes, ou celle des heures) tandis que les cinquante-neuf autres tombent dans un tube et recommence le circuit...et ainsi de suite jusqu'à 23:59`59``. La chute de la vingt-quatrième bille des heures les fait toutes tomber (normal, c'est minuit) et actionne au passage le compteur de date , des jours de la semaine et des lunaisons. Au coeur du système: un quartz, qui commande un moteur, lequel actionne un balancier au bout duquel est fixée une boule de pétanque, dont le mouvement contrôle la chute des billes.

Ca, c'était le "brouillon". Un jeu d'enfant comparé à la mécanique infernale sur laquelle il travaille depuis neuf mois et qu'il espère achever pour Pâques. Son "chef d'oeuvre". Un morbier de 2 mètres de haut et de 200 kilos dont le mécanisme est remplacé par un jeu de billes, celles-ci faisant simultanément office de moteur et d'affichage des heures, tandis qu'un balancier gère la fuite du temps.

Dans la vitrine de l'atelier sédunois, les étranges machines de Marcel Bétrisey s'amusent de la surprise des passants. Et si elles ne sont en principe pas à vendre, leur créateur est, lui, toujours prêt à partager son plaisir et sa passion avec les mordus de son acabit.