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Tic tac et billes en tête

Marcel Bétrisey cajole ses folles horloges. Et rêve pour elles de musée.

Antre ou capharnaüm? Les deux termes ne le dérangent pas. Son atelier du Grand-Pont est tel qu'il l'a voulu: un univers de bricole autant que d'invention pure. Marcel Bétrisey s'y sent donc bien. Réparateur-dépanneur, le matin, aussi bien de chaînes d'embouteillage que de vidéos, d'amplis,CD ou de machines industrielles, le Valaisan consacre ses après-midi à laisser courir son imagination. Et quelle imagination! Les horloges auxquelles il a donné vie laissent s'écouler un temps magique qui fait le bonheur de leur créateur. Voilà Bétrisey rassuré: "Elles vivront plus longtemps que moi".

Tic tac..Tic tac..Marcel Bétrisey n'a même plus besoin de se mettre à l'écoute de ses "créatures". Elles sont en lui, imprégnées de son génie de la bricole, partageant ses moments de jubilation, laissant s'écouler les heures avec une insolente certitude.

Car c'est bien d'insolence qu'il faut parler. Une image suffit pour s'en convaincre. Un jour, un Jurassien, féru d'horlogerie, tombe le nez sur la vitrine sédunoise. Quelle n'est pas sa surprise en découvrant que "L'Anachrone", l'horloge la plus importante conçue par le Valaisan (elle comporte 1600 pièces, pèse plus de 300 kilos et compte 95 roulements à billes) fonctionne sans moteur véritable, mais grâce à un jeu malin de billes "Ca, monsieur, c'est une insulte à la mécanique", lance le passant en pénétrant à l'intérieur de l'atelier. Marcel Bétrisey se contente de sourire et d'expliquer les subtilités de son invention. Car c'est bel et bien d'invention qu'il s'agit.

La conversation va durer un bon bout de temps. Devant l'autodidacte, le visiteur reste ébahi autant qu'admiratif. Marcel admet que "L'Anachrone" tient plus de la psychiatrie que de l'horlogerie (sic) mais qu'elle est conçue pour durer en tous les cas cent ans. L'homme voit presque l'oeuvre dans un musée. "Tant qu'elle me fera rire, elle restera là", s'entend-il dire.

Une vraie famille

A "L'Anachrone", Marcel Bétrisey va donner plusieurs filles dont "Aprilia" (inspirée d'une moto), "Cyclostyle" réalisée à partir d'une imprimante des années vingt) et "Florence" (qui lui rappelle une amie mesurant 1 m 80). Chaque oeuvre représente quatre à cinq mois de travail.

Le créateur insiste sur un point: "Quand bien même mes machines partiraient-elles en Afrique, n'importe qui pourrait les réparer." Eh oui, il en est ainsi des étranges mécaniques enfantées au Grand-Pont. "Ca fait sept ans que je fais ça: si je n'avais pas ça, j'arrêterais le boulot."

On peut l'imaginer, derrière les vitres de l'antre-capharnaüm défilent de nombreux visages. "Celui qui me dit : combien ça coûte?, il se fait virer", lance Bétrisey avant d'ajouter: "par contre, si je vois qu'un client manifeste une vraie curiosité pour les pièces des machines, on passe l'après-midi ensemble.

Ainsi est Marcel Bétrisey. Artisan dans toute l'acception du terme mais capable de jurer comme un écorché vif."Trois fois par jour, on me traite de petit génie de la bricole, ça m'énerve",confie-t-il. Il rigole franchement par contre quand les copains lui balancent: "Tu es encore en train de nous ch... une pendule!"

Lui et "elles"...

Sur ses horloges, Marcel Bétrisey philosophe: "Je les fait, mais en fait ce sont elles qui me font, qui me contruisent." et d'avouer:" Je rêve d'une créature un peu bordélique, immense, qui prendrait place au coeur d'une ville. Je la vois avec des tubes en verre. Aujourd'hui, elle est dans ma tête; elle marche déjà."

Bétrisey ferait-il partie d'un monde à part? Connaît-il d'autres gens comme lui? "Non, j'aimerais bien!" Il regarde machinalement ses mains: "La gauche, c'est la précision, la droite, la force. Il n'y a jamais de divorce consommé entre les deux."

Michel Pichon