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Les folles pendules d'un génie valaisan

"Je n'aurais jamais pu être horloger!" Marcel Bétrisey (39 ans),

L'insolite Monsieur Bétrisey réinvente le calcul du temps. Génie iconoclaste de l'horlogerie, il expose en ce moment à Sion des machines si étonnantes qu'on en oublie leur rôle premier ...

Les mécanismes traditionnels de l'horlogerie ne l'intéressent pas. Mais les billes le fascinent et il est probablement le seul artisan au monde à construire des horloges magistrales qui fonctionnent grâce à elles. Sans compter le reste...

"Je travaille avec des sphères de métal, explique Marcel d'une voix douce, et dès qu'on emploie des sphères tout devient aléatoire et bizarre. Elles engendrent des problèmes extrêmement complexes et c'est ça qui est fabuleux!"

Dans l'atelier de Marcel Bétrisey, en vieille ville de Sion, le regard du visiteur passe rapidement d'un objet à l'autre, et puis revient en arrière parce qu'il y a quelque chose qui cloche, quelque chose qui manque ou qui est en trop. Cet ampli hi-tech avec ce gros robinet de laiton au centre qui sert à moduler le volume sonore, cette vieille machine à coudre dont l'aiguille lit un C.D. qui tourne à toute vitesse, ce carter de moto étincelant et ses touches-téléphone. Et puis aussi ces horloges aux mouvements étranges, imposantes comme des coeurs nus, qui ont l'air d'indiquer autre chose que le temps qui passe, ailleurs qu'ici.

"Quand j'étais enfant, explique Marcel Bétrisey, j'allais tous les jours du chalet à la forêt. Pour faire ce trajet, je me rappelle que je faisais très attention à ne jamais remettre les pieds à l'endroit où je les avais mis la veille". Le chemin de sa vie en découla :il ne marcha dans les traces de personne et ne remarcha pas non plus dans les siennes. C'est ainsi qu'il partit découvrir le monde et parcourut 67 pays (avec une trousse à outils pour tout bagage) sans qu'aucun des tampons de ses quatre passeports se ressembla.

Il n'a lu "que" Galilée

C'est ainsi qu'il y a quelques années, rentré au pays, il se mit à construire des horloges aux mécanismes dont lui seul eût l'idée, lui que les engrenages et l'électronique ennuyaient profondément.

"La première, ( L'Anachrone, 2m50 de haut, 1m. de large et 300kg !) Je l'ai voulue sans aucun axe et mue par des billes. J'ai mis un an et demi à la construire, et une autre année à la régler. Elle donne l'heure grâce à quelques centaines de sphères métalliques. Et puis j'ai fait des progrès; le balancier de ma dernière-née fonctionne grâce à un souffle d'air, pulsé alternativement par deux sphères d'acier seulement...". Le visiteur est soufflé lui aussi quand il apprend que Marcel Bétrisey n'a jamais dessiné un seul plan pour réaliser ses machines complexes, et qu'il n'a lu dans sa vie, pour tout traité de physique, que quelques pages de Galilée concernant les mouvements pendulaires. "J'y ai appris que, contrairement à ce que pensais, plus l'oscillation d'un pendule est faible, plus l'heure est précise ! Après avoir lu ça, j'ai dû détruire un mois de travail du premier prototype de l'Anachrone!"

Le plus compliqué est de simplifier

Devant les créations de Marcel Bétrisey, le plus dur reste sans doute d'être sûr de bien comprendre comment ça marche. Mais l'inventeur vient gentiment illuminer les ténèbres de l'égaré:

" C'est tout simple : le moteur, c'est la bille, et la base du temps, la pesanteur! Mais quand j'entreprends la construction d'une machine, la première idée qui me vient pour que ça marche n'est jamais simple. Je n'arrive pas à construire une horloge en moins de trois mois, c'est impossible. Et si j'y arrivais, ça serait dommage... Le plus compliqué reste donc toujours de simplifier, pour parvenir à quelque chose de plus en plus fiable mécaniquement".

Marcel Bétrisey ne trouve pas utile de disséquer les mécanismes qui lui font découvrir des solutions simples à ses problèmes complexes. Il lâche modestement que ses idées lui viennent parfois au réveil, et on en reste là. Enfin son plus beau compliment, il dit l'avoir reçu de cette horlogère jurassienne d'un certain âge, qui, en admiration devant ses oeuvres s'écria : "Si vous aviez fait des études, vous ne seriez jamais arrivé à faire ça!".

Des ronds dans l'eau

Les horloges et les autres étranges machines de l'inventeur sédunois font le bonheur des amateurs de mécanique mais aussi le délice des esthètes. L'élégance insolite de ses horloges (Marcel Bétrisey se refuse à parler de beauté) réside peut-être dans la provenance des pièces qu'il emploie pour les construire. Elles nous rappellent confusément quelque chose, mais quoi au juste? Et puis soudain, on trouve, heureux et soulagés d'avoir compris au moins ça.

Quelques-unes des machines de l'inventeur sont à vendre mais il ne semble pas y tenir particulièrement. "Je gagne correctement ma vie en réparant certains appareils, en améliorant à la demande des inventions existantes, ou en construisant ce qu'on me demande: j'ai fait il y a quelque temps une machine à faire des ronds dans l'eau.. Tout le reste, c'est de la passion pure, je réalise des rêves. Et mes meilleurs moments dans l'atelier, c'est quand soudain les tic-tac de mes horloges sont à l'unisson. Alors là, c'est si beau que j'arrête de bosser..."

Un dernier regard circulaire, un peu moins désorienté, avant de partir. Il flotte ici les âmes de Magritte et de Tinguely, le visage flou de Léonard de Vinci. Les enfants, eux, auront croisé Géo Trouvetou et le professeur Tournesol.

On sort de l'expo et "l'oeil reprend pied" comme on dit à Champignac. Mais il est conseillé d'attendre encore un moment avant de jeter un coup d'oeil à sa montre...

Texte Jacques Briod / photos Blaise Kormann

Photos: / Brouillon / Malevoz / Florence / Skyport / Helvetia


 

 
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